Les Alternatifs Isère

La lutte à E2V : Quand même les emplois de pointe sont menacés !

mercredi 10 février 2010

Depuis novembre 2009, les salariés d’E2V (ex-Thomson-CSF) à St-Egrève sont en lutte contre des licenciements. Pour mieux comprendre cette lutte d’une entreprise dont les deux tiers des salariés sont des cadres, « Gauche Alternative » donne la parole à deux de ses salariés Daniel Mollaret et Francis Geay, qui est syndiqué à la CGC.

Gauche alternative - Quelle est la cause du conflit chez E2V ?
Daniel - C’est la suppression de 221 postes sur 460.
Francis - C’est la destruction d’une activité qui était rentable, c’est la disparition de toute une communauté.
Daniel – L’outil industriel, qui est largement abîmé, ne survivra probablement pas à cette restructuration.
Revendiquez-vous l’annulation de ces licenciements ou autre chose ?
Francis – L’idéal serait d’annuler la totalité des licenciements, mais la direction est partie avec son idée de restructurer le groupe. Par conséquent il y aura de toute façon des licenciements. Il faut donc recréer des emplois sur le bassin grenoblois. Nous demandons que la di-rection s’engage à recréer de tels emplois qui serviront ultérieure-ment pour ceux qui vont provisoirement rester.
Daniel – On est dans le cas de figure d’une restructuration financière. Pour un objectif de rentabilité de 15%, les actionnaires exigent une réorganisation qui supprime environ la moitié des emplois. Sur ce point, les actionnaires ne reviendront pas sur leur décision. D’où la recherche de solution alternative avec des partenaires extérieurs à E2V. Nous produisons des produits à très forte valeur ajoutée. L’ensemble des salariés d’E2V pense que la nature des emplois menacés aujourd’hui est très représentative des emplois qui pourraient rester dans l’espace français ou européen. Si on détruit cette qualité industrielle-là en ter-mes de technologie et de compétence, nous pensons que l’Europe va devenir un désert industriel.
Quelles furent les actions menées par les salariés ?
Francis – Cela a commencé par des débrayages et des manifestations, notamment devant la Préfecture. Nous avons alors rencontré le Préfet. Les pouvoirs publics d’une manière générale ont compris qu’ils avaient affaire à une direction pas toujours compétente et quelquefois peu scrupuleuse. On peut dire qu’ils soutiennent assez bien l’action des salariés.
Daniel – Le Président de la « Métro », Didier Migaud a envoyé un courrier à la direction la menaçant de demander des remboursements d’aides au cas où la situation resterait figée.
Il y a, en ce moment la grève qui est très bien suivie : 95% de grévistes. Elle doit durer toute la semaine.
La diminution progressive des effectifs de l’usine de St-Égrève est-elle liée au « dumping social » pratiqué dans d’autres pays ?
Francis – Elle n’est pas le résultat d’une délocalisation. Le problème est l’exigence d’une rentabilité de 15%. Or, c’est son endettement qui a incité ce groupe anglais à nous demander ce taux de rentabilité.
Que fabriquez-vous aujourd’hui ? Où se fera alors votre production actuelle ?
Francis – L’entreprise continuera à produire des produits hauts de gamme pour l’industrie spatiale et aéronautique, des produits médicaux. Le pari de la direction est dorénavant de devenir sous-traitant d’autres entreprises.
Daniel – E2V achète des composants aux États-Unis. Nous leur faisons subir un certain nombre de tests afin de leur donner un grand niveau de fiabilité.
Pouvez-vous nous décrire l’histoire du démantèlement de Thomson-CSF de St-Egrève depuis une vingtaine d’années ?
Francis – Dans les années 1980-1985, il y avait sur ce site environ 3 000 salariés.
En 1984, a été créée la division militaire et spatiale, qui est à l’origine de l’entreprise qui reste aujourd’hui. Elle embauchait à l’époque environ 200 salariés. À côté, il y avait l’activité Thompson-semi-conducteur qui a émergé avec SGS en 1987, qui est devenue St-Microélectronics qui, elle, a quitté le site. Depuis le départ, en 1990, de l’activité « tu-be » pour Moirans, il ne reste plus à St-Egrève que la division militaire et spatiale, qui a dépassé les 700 salariés vers 1992. En 2000, Thomson s’est désengagé de la fabrication des composants. Notre site a alors été vendu à Atmel. Depuis 2001, nos effectifs ont été assez stables autour de 500 jusqu’en 2006, mais depuis cette date ils ont baissé pour atteindre 450 aujourd’hui.
Envisagez-vous de faire comme les salariés de Philips de Dreux, c’est-à-dire de reprendre l’activité de votre usine sans patron ?
Daniel – Nous ne sommes pas dans une cessation totale. En conséquence cette possibilité n’est pas envisageable.
Francis – Il y a des projets pour reconstruire, sur le bassin grenoblois, une activité « développement imagerie », une activité « développement innovatif de circuits intégrés sur les circuits mixtes ».
Daniel – Ce qui pose problème, c’est la direction d’E2V, dont l’obsession est de ne pas créer des pôles de concurrence. De ce fait, elle bloque l’essentiel des possibilités fécondes.


Articles parus dans un numéro précédent sur un sujet voisin :
La bataille des salariés de Schaeffler - N°124 – Mai 2009
Caterpillar : quelle lutte contre le chômage ? - N°123 – Mars 2009


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