Les Alternatifs Isère

Haïti n’est pas maudite…

Quelques explications…
dimanche 28 février 2010

Haïti a souvent été victime des catastrophes naturelles (tremblements de terres, cyclones, inondations…), mais c’est bien le poids de son histoire –colonisation, esclavage, poids écrasant de « sa » dette, dictatures- qui la rend si vulnérable aujourd’hui. Non, Haïti n’est pas maudite, aucune fatalité n’est en cause, mais bien l’exploitation et l’injustice inouïes dont est victime le peuple haïtien depuis toujours…

Colonisation, esclavage, la première République noire….à quel prix ?
Jusqu’au XV° siècle inclus, le futur Haïti, qui s’appelle déjà ainsi – le mot arawak signifie « hautes terres » - aurait vécu des jours paisibles à en croire les premiers témoignages espagnols, avec un mode de vie tranquille sous l’œil débonnaire des « caciques ». Première catastrophe : l’arrivée de Christophe Colomb et des colons hispaniques. En un siècle à peine la population « indigène », les Arawaks, est décimée, massacrée et, disparaît. Seconde catastrophe : la colonisation française au XVII° siècle. Les colons français introduisent les cultures industrielles : café, coton et surtout le sucre. Il faut des bras pour tourner les moulins et raffiner les chaudrons. Il n’y a plus d’Indiens, alors on importe par cargaisons entières des esclaves noirs qu’on achète aux négriers. 1794 : révolte des 500 000 esclaves sous la houlette de Toussaint Louverture que Napoléon Bonaparte fera arrêter et déporter en France (au fort de Joux, dans le Jura). Mais les Noirs finissent par arracher l’indépendance de leur île en 1804. Haïti est mise aussitôt au ban des nations, se voit imposer par la France une dette colossale, soit disant pour dédommager les colons de la perte de leurs plantations. Une dette de 150 millions de francs que la République de Haïti devra payer pendant des décennies : une dette illégitime mais infernale qui lui a coupé les ailes au moment de son envol, et ce jusqu’en 1947. Puis c’est la première occupation militaire des Etats-Unis, qui sera suivie d’autres invasions.


Les Duvalier, Jean-Bertrand Aristide, mise en tutelle intégrale…
1957 : commence le long règne des Duvalier. Une dictature violente, où le chef d’Etat l’était « à vie », soutenu par les Etats-Unis et la France. La dette croît exponentiellement : elle est multipliée par 17,5 entre 1970 et 1986, date à laquelle Duvalier fils doit s’enfuir en France face à la révolte populaire. A ce moment là la dette extérieure d’Haïti atteint 750 millions de dollars (contre 1 500 millions aujourd’hui), et la fortune personnelle de Duvalier est estimée à 900 millions de dollars. A noter que jusque dans les années 1970 Haïti produisait à 95% son alimentation, mais très vite, avec l’intervention du FMI et de la Banque mondiale, qui contraignirent l’Etat haïtien à ouvrir au maximum son marché intérieur, il fut brutalement mis fin à sa souveraineté alimentaire. Les Etats-Unis, en inondant le marché haïtien de riz subventionné dont le prix était inférieur au prix du riz produit localement, ont brisé la filière nationale de production de riz. Il en a été de même de tous les produits agricoles de base, concurrencés et éliminés par cette concurrence déloyale.
L’armée des Etats-Unis intervient de nouveau en 1994, en accord avec l’ONU, pour ramener au pouvoir Jean-Bertrand Aristide, l’ancien Président renversé en 1991, en qui le pouvoir et le peuple fondent d’immenses espoirs.. Mais Aristide a pieds et mains liés par la communauté internationale et est contraint à des accords léonins avec les institutions financières internationales et doit accepter d’appliquer des mesures néo-libérales et de continuer… à rembourser la dette. En 2004 il sera chassé du pouvoir par cette même communauté internationale et remplacé en 2006 par René Préval, l’actuel Président d’un pays occupé par 10 000 soldats et policiers des Etats-Unis. Mais l’Etat haïtien reste dans une situation lamentable, les pouvoirs publics n’exercent aucune autorité. La misère chasse les populations rurales condamnées à s’entasser n’importe où… et n’importe comment, sans plan d’urbanisme, sans aucune protection anti-sismique…Des dizaines de milliers de Haïtiens survivaient là, dans des conditions épouvantables, tout près de la ligne de faille…qui a craqué le 12 janvier dernier.
Non, le peuple haïtien n’est pas victime d’on ne sait quelle malédiction. Il est avant tout victime, comme tant d’autres pays du Sud, de facteurs humains, économiques, politiques. Ce tremblement de terre frappe un pays et un peuple qui se retrouvent, deux siècles après l’indépendance, au niveau le plus bas sur l’échelle de la pauvreté dans les Amériques, victime du blocus imposé de nombreuses années après l’indépendance par les puissances coloniales, d’une dette illégitime et odieuse qui a paralysé tout développement, de dictateurs soutenus systématiquement par les Etats-Unis et la France…Vous avez dit fatalité ? Et si en forme de solidarité avec le peuple haïtien nous exigions au minimum que la fortune des Duvalier lui soit restituée et que la dette actuelle de Haïti soit annulée purement et simplement ? Quant aux conditions de la reconstruction, il faut exiger qu’elle ne se fasse pas sous la « bannière » des Etats-Unis, déjà omniprésents militairement : Haïti doit pouvoir organiser sa propre reconstruction avec l’aide internationale. Ce qui ne sera possible que si se développe une intense solidarité internationale sur fond de vigilance.

Jo Briant


Articles parus dans un numéro précédent sur un sujet voisin :
Quand les Antilles montrent l’exemple - N°123 – Mars 2009


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