Les Alternatifs Isère

Les MJC de Grenoble en danger ?

vendredi 12 février 2010

Depuis quelque mois, les MJC de Grenoble sont en conflit avec le maire de cette ville qui veut leur supprimer une partie de leurs subventions. Pour nous parler de cette question, Gauche Alternative donne la parole à une salariée de MJC Annie Caillault et à deux présidents, Catherine Gaume (Anatole France) et Bruno Camby (Abbaye).

Quel est l’objet du conflit entre la municipalité de Grenoble et ses MJC ?
Catherine – Le conflit concerne 6 des 8 MJC. Il concerne la signature d’une nouvelle convention entre les deux parties. La ville souhaitait conventionner uniquement les projets en direction de l’enfance et de la jeunesse. Or, notre action va bien au-delà. Elle concerne l’ensemble de la population du quartier sur laquelle chaque maison est implantée.
Y a-t-il un différend au sujet des finances et de l’emploi ?
Bruno – La non-reconnaissance de l’ensemble de nos activités a pour conséquence la réduction des budgets qui nous sont alloués. Nous devrions faire des recompositions d’activités qui entraîneraient des réductions d’emploi drastiques.
Nos projets globaux ne sont pas reconnus. C’est, par exemple, le cas de celui de la MJC de l’Abbaye qui, centré sur la culture et l’intergénérationnel, se décline avec le « vivre ensemble » et le « faire ensemble ».
Quels rôles jouent les MJC de Grenoble aujourd’hui ?
Catherine – Par le biais de propositions d’activité, elles maintiennent un lien social qui, dans notre société, tend à se déliter. Du fait de leur implantation au cœur des quartiers, les MJC réalisent un travail de proximité avec les populations.
Bruno – Dans certains quartiers « chauds », une certaine paix sociale s’installe grâce aux pratiques des MJC.
Pensez-vous que le nombre des usagers des MJC de Grenoble diminue ?
Catherine – La baisse de la fréquentation des MJC est l’argument avancé par la municipalité pour réduire ses crédits. Or, selon, nos chiffres, il n’y a pas de baisse.
Annie – Pour ce qui est de la MJC des Allobroges, le nombre d’adhérents ne diminue pas. En revanche nous notons une diminution de la fréquentation en ce qui concerne l’enfance et la jeunesse. Une des raisons est le coût des activités. Par exemple, pour les activités de vacances, il y a deux ou trois ans, les familles inscrivaient leurs enfants au moins une semaine sur deux. Maintenant, ils viennent plutôt à la journée.
Bruno – La réduction des subventions ne fera qu’aggraver ce problème. Un autre problème est celui de la difficulté d’intéresser les adolescents et à les amener dans un fonctionnement un peu plus cadré. Nos élus ont des difficultés à comprendre ce phénomène.
Pouvez-vous nous donner un exemple de prix d’activité ?
Annie – Les prix sont fixés en fonction des quotients familiaux. Par exemple, à la MJC des Allobroges, les familles ayant un quotient inférieur à 200 € payent 79 € par an une activité d’une heure par semaine. Ce qui pose problème à certaines familles. Pour celles-ci, nous faisons des demandes d’aide auprès du Conseil général.
Est-ce que les prix ont augmenté depuis une dizaine d’années ?
Catherine – Nous essayons d’indexer nos tarifs sur l’inflation.
Annie – La ville ne tient absolument pas compte de la convention collective nationale qui prévoit une augmentation et revalorisation de la valeur du point chaque année ! Or une équipe stable acquiert de l’ancienneté et coûte plus chère.
Quelle évolution ont connu les MJC depuis une dizaine d’années ?
Bruno – Il y a dix ans, on avait 12 MJC, maintenant par le biais de fusion on n’en a plus que 8.
Depuis dix ans, les activités n’ont donc pas changé !
Catherine – Les activités sont réactualisées en fonction des demandes et de nos évaluations.
Bruno – Le tissage a disparu au profit de l’informatique.
Annie – Sont apparu aussi le jonglage, les percutions, l’expression corporelle, des jeux de plateau, de la danse africaine…
Comment a réagi le personnel des MJC aux mesures envisagées par le Maire de Grenoble ?
Catherine – Le personnel a immédiatement vu dans la nouvelle convention proposée par la ville le danger pour l’emploi des salariés. Si nous, les présidents de MJC, n’avions pas eu le soutien du personnel, nous ne nous serions pas mobilisés de la même façon.
Quand est-ce que le conflit a commencé ? En quoi à consisté la mobilisation ?
Catherine – La mobilisation s’est faite progressivement. Il y a eu une montée en puissance début décembre. La première action a alors été de quitter en séance une réunion en disant que nous refusions de signer la convention. Une pétition circule. Il y a eu des rassemblements sur le parvis de l’Hôtel de Ville au moment des Conseils municipaux de décembre et de janvier. Il y eut aussi une forte mobilisation à l’entrée du Palais des Sports pour la soirée où le Maire présentait ses vœux. Nous y avons distribué des tracts. Par ailleurs, une information a été donnée à l’ensemble des adhérents des différentes MJC pour leur expliquer les dangers. D’ailleurs, nous affichons sur tous les frontons de ces MJC qu’elles sont en danger. Toutes ces actions ont été menées en commun entre les salariés, les bénévoles associatifs et les directeurs.
Avez-vous obtenu des soutiens au sein du Conseil municipal de Grenoble ?
Catherine – Nous n’avons pas eu de prises de position nettes et précises de la part d’élus, mais certains d’entre eux nous soutiennent depuis de nombreuses années1.
Votre mobilisation a-t-elle permis d’obtenir des résultats ?
Annie - Nous avons fait accepter par nos élus de tutelle, Paul Bron et Hélène Vincent, un nouveau texte qui reconnaît les valeurs de l’éducation populaire. En revanche, sur le point budgétaire il n’y a encore aucune avancée. À ce sujet, un rendez-vous est prévu la semaine prochaine. Est-ce que le problème que connaissent les MJC est purement grenoblois ? Catherine – Le problème des subventions aux associations d’éducation populaire existe aussi sur d’autres communes de l’agglomération grenobloise ainsi que dans d’autres départements.
Les municipalités oublient souvent notre rôle social, éducatif et culturel au sein des quartiers.


1 Le vote du 14 décembre 2009 au sein du Conseil municipal sur la « signature de conventions et de financements avec les associations œuvrant dans le cadre de la politique socioculturelle » a été le suivant :
6 contre (ADES, Alternatifs, Verts)
4 abstentions (PC)
9 ne Prennent pas Part au Vote (UMP)
40 pour (PS, MoDem, Go)


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